OliKrom, témoignage lors de la cérémonie de lancement du « Stratupper » réalisé par La Tribune

Les lecteurs sont venus nombreux ce vendredi matin 20 Octobre pour découvrir le nouveau Startupper réalisé par La Tribune, à Bordeaux, et écouter les témoignages passionnants de dirigeants de startups et l’expertise d’une avocate, d’une représentante bancaire et d’un élu, venus débattre autour du thème « Startups : mythes et réalités de la croissance ».

La présentation de la 2e édition de notre hors-série annuel « Le Startupper » a eu lieu ce vendredi matin à la Grande Poste, rue du Palais Galien, un bâtiment art déco classé, qu’a superbement rénové Marilyne Minault, la fondatrice et ex-dirigeante de la startup girondine Hellodoc, après en avoir fait l’acquisition. Une Grande Poste qui a fait salle comble.

Près de 250 personnes à la Grande Posteordeaux pour la sortie du Startupper, guide annuel des startups et de leur écosystème dans la métropole bordelaiseSi le Startupper, dont la nouvelle édition présente en détails 210 startups implantées à Bordeaux Métropole, avec pour chacune son positionnement, sa proposition de valeur, ses coordonnées… était au centre de l’événement, puisque ce hors-série est sans équivalent, La Tribune en a profité pour organiser une ambitieuse manifestation consacrée aux jeunes pousses. Une matinée animée par Mikaël Lozano, rédacteur en chef du bureau bordelais de La Tribune, en présence de Cendrine Martinez, directrice générale déléguée. La table ronde intitulée « Startups : mythes et réalités de la croissance » était la pièce maîtresse de cette matinée soutenue par les partenaires du Startupper, Bordeaux Métropole, la Caisse d’épargne Aquitaine Poitou-Charentes (CEAPC), Fidal société d’avocats et French Tech Bordeaux.

Près de 250 personnes à la Grande Poste Bordeaux pour la sortie du Startupper, guide annuel des startups et de leur écosystème dans la métropole bordelaise (Crédits : Agence Appa)

Des intervenants aux profils variés

Startupper 2017

Un plateau qui associait trois startuppers : Sébastien Constant, président et cofondateur de L’Addition, Jean-François Létard, président fondateur d’Olikrom, Marie Mérouze, PDG fondatrice de Marbotic, Sophie Goulier, directrice marketing de la CEAPC, une juriste, en la personne d’Anne Méhu, avocate associée, directrice adjointe du département droit des sociétés, responsable régionale de l’Equipe startup de Fidal société d’avocats, et un élu, Alain Turby, conseiller métropolitain délégué en charge de la Métropole numérique.

Alain Turby, Marie Mérouze, Anne Méhu, Sébastien Constant, Sophie Goulier, Jean-François Létard (Agence Appa)

Dan Hall, le consul des Etats-Unis, avait également fait le déplacement pour accompagner celui qui tenait le rôle de la « guest star » : Michael Goldberg, investisseur, professeur assistant à la Weatherhead school of management, auteur du Mooc « Beyond Silicon Valley : growing entrepreneurship in transitionning economies » (« Au-delà de la Silicon Valley : développer l’entrepreneuriat dans des économies en phase de transition »).

La caisse enregistreuse sur iPad

Sébastien Constant Startupper 2017L’Addition, créée en 2012, a développé un nouveau concept de caisse enregistreuse dévolu à la restauration sous la forme d’une application sophistiquée disponible sur iPad.

« Nous sommes quatre cofondateurs. En plus de l’encaissement nous avons doté l’application d’un ensemble de services car dans un restaurant la caisse enregistreuse est un élément central. Notre première levée de fonds a porté sur 500.000 euros car nous étions trop petits pour intéresser les business angels » éclaire Sébastien Constant.

Sébastien Constant (Agence Appa)

Une levée de fonds faite auprès des proches (love money). Tout a changé avec la levée de fonds de 5 M€ réussie l’année dernière par la startup.

« En 2014 nous étions rentables. La différence c’est qu’en deux ans nous avons doublé chaque année notre chiffre d’affaires et que le marché bougeait, ce qui nous a obligé à accélérer. Nous étions rentables et donc en mesure de négocier cette augmentation de capital. Mais nous avons dû faire des pichs pendant six mois. Nous faisions 1,5 M€ de chiffre d »affaires à 15 personnes : nous étions un peu sous-staffés… Aussi, après la levée de fonds nous avons recruté 45 personnes en six mois pour passer à 60 salariés » rembobine le jeune startupper.

Des chiffres en bois connectés

Marie Mérouze Startupper 2017Si elle dit de Tim Cook, le DG d’Apple qu’elle a rencontré à Paris début 2017, qu’il « est très poli », Marie Mérouze montre qu’elle a du sang froid et de la détermination. Inspirée par l’approche pédagogique Montessori, la fondatrice de Marbotic a créé son entreprise en 2012, et démarré avec des chiffres en bois connectés qui interagissent avec des tablettes numériques pour permettre aux enfants d’apprendre à compter. Puis les lettres ont suivi en 2015. Une innovation qui, côté distribution, relève en France autant de l’univers de la pédagogie que de celui du jeu.

« Nous avons créé les 100 premières unités dans le garage avec mon père. Le premier acheteur a été une institutrice, ce qui m’a fait très plaisir. Puis nous sommes passés à l’industrialisation avec le fabrication des 200 pièces suivantes. Mais les coûts de production étaient trop élevés en France. Et donc nous avons fait ce qu’il ne fallait pas faire : choisir le Chinois le moins cher… » sourit Marie Mérouze.

Marie Mérouze (Agende Appa)

Après ce premier échec la startupeuse va trouver un fabricant chinois au niveau de son attente et inclus dans un tissu industriel performant.

Ne pas avoir à tout faire tout de suite

C’est grâce au CES de Las Vegas en 2016 que la patronne de Marbotic va trouver des distributeurs pour ses produits à l’étranger, au Moyen-Orient, en Australie et aux Etats-Unis, avant de s’ouvrir le marché européen grâce à l’Ifa (Internationale Funkausstellung, salon international de la radiodiffusion) à Berlin, qui s’est imposé comme avec le temps comme LE rendez-vous industriel européen. Marbotic a levé 1,45 M€ en mars 2017. Un temps de développement que certains pourraient juger long mais qui convient parfaitement au genre de projet que porte l’entreprise, explique sa créatrice.

« Je n’aime pas cette idée qu’une startup devrait tout faire tout de suite : je crois au contraire que l’on peut se développer doucement. La Région nous a toujours aidé, à chaque étape, ainsi que Bpifrance » précise-t-elle.

Si Marie Mérouze est ingénieur, Jean-François Létard, fondateur d’Olikrom, est de son côté un chercheur, littéralement sorti de l’ICMCB (Institut de chimie de la matière condensée de Bordeaux) : une unité du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) associée à l’Université de Bordeaux (département Sciences et technologies) où il était directeur de recherche.

Olikrom donne des couleurs aux problèmes

Jean-François Létard Startupper 2017Son domaine d’application technologique est fascinant puisque Jean-François Létard a mis au point des pigments qui changent de couleur en fonction des conditions. Il a travaillé au départ sur des changements de couleur réversibles provoqués par la hausse de la température, avant d’étendre cette sensibilité à d’autre domaines.

« Nous avons développé des matériaux qui changent de couleur en fonction de la pression, de la lumière, du gaz… Soit tout un champ d’application industriel. Ce qui permet par exemple de repérer rapidement le point d’impact d’un oiseau avec la carlingue d’un avion. On va voir à la descente de l’avion et, avec le changement de couleur, ça devient facile. Au lieu de scanner la carlingue pendant des heures, le changement de couleur indique où a eu lieu le choc, mais aussi avec quelle quantité d’énergie » décrypte Jean-François Létard.

Jean-François Létard (Agence Appa)

Le chercheur-entrepreneur se félicite d’avoir été appuyé par la cellule de transfert technologique de l’Adera mais aussi par l’Incubateur régional Aquitaine, et ne cache pas qu’il a pris son temps pour se lancer. Il a même complété sa formation déjà de très haut niveau en suivant pendant un an le programme HEC Challenge Plus.

Lire aussi : Pourquoi les pigments intelligents d’OliKrom séduisent autant les industriels

Des clients du monde entier grâce au Net

« J’ai finalement sauté le pas en 2014 et j’ai levé 300.000 €. Quatre an de maturation amènent une valorisation supérieure de l’entreprise, ça devient plus facile. J’ai signé des contrats de partenariats avec de grands groupes. Il faut se défier de l’idée préconçue de la segmentation, selon laquelle à une startup correspond un marché. Nous, nous visons plusieurs marchés, nous visons le monde entier ! » a plaisanté à moitié le patron d’Olikrom, car sa technologie a visiblement le format pour envahir le monde.

D’autant plus que, en développant des applications qui renforcent la sécurité dans l’industrie, la startup se fait remarquer.

« Avec Internet tout change. Ce sont les industriels qui viennent à nous, à cause de leurs problèmes de sécurité. De n’importe où dans le monde ils peuvent nous trouver. L’an dernier nous avons signé avec 50 grands groupes ! » illustre Jean-François Létard, qui dirige une startup rentable dès la première année.

Automobile, aéronautique, BTP… aucun secteur ne peut totalement échapper à cette innovation. Dans cette aventure il pourrait y avoir un « plus produit », une sorte de supplément d’âme mais financier. Car, incroyable mais vrai, à ce jour Olikrom, qui emploie une dizaine de salariés, n’a toujours pas dépensé les 300.000 € levés en 2014 ! Pourtant le dirigeant d’Olikrom envisage quand même de lever à moyen terme 1 voire 2 M€…

 

Retrouver l’intégralité de l’article de Jean-Philippe Déjean, du 20 Octobre 2017 « Startups : prendre le temps de lever des fonds »